Mon cher lecteur,   Y a-t-il plus ou moins de dollars échangés dans le monde que de grains de sable dans le Sahara ?  Et question subsidiaire :   Un dollar et donc un euro, valent-ils plus ou moins qu’un grain de sable ?Le crédit, qui est la base de la création monétaire actuelle, est la pire drogue du monde, la plus vicieuse et la plus addictive.   C’est un ex-trader de la Deutsch Bank qui m’a dit ça un jour.   C’est une drogue : bien sûr que c’est une drogue !   Ils le savent très bien. C’est le paradis artificiel des démiurges à qui tout sera possible, mais demain seulement.   C’est l’expédient immédiat aux misères de notre condition, une fuite vers des lendemains meilleurs, allez, un dernier verre pour la route, mais demain j’arrête. Promis. Demain, ceinture !   C’est une drogue, et c’est la pire, car nous y communions en masse tous les jours, nous attendons notre dose qui nous fera tenir jusqu’au lendemain sans même nous rendre compte qu’en lieu et place du fruit de notre labeur collectif, ils nous servent cet ersatz hautement toxique et addictif.  C’est la drogue la plus répandue au monde et la moins reconnue au monde. Sans doute cela va-t-il de pair.    

33200000000000$

J’ai eu l’honneur d’être interrogé vendredi par la chaîne Planètes360 (entretien à retrouver et partager ici).   J’y ai mentionné que 33200000000000 « dollars » avaient été échangés la semaine dernière.  L’audience a eu l’amabilité de ne pas me demander d’où venait ce chiffre incongru.   Incongru est emprunté au latin incongruus qui signifie « inconvenant, absurde ».   Inconvenant : voilà bien ce chiffre ainsi que la pudeur de l’audience qui m’oblige à me poser moi-même la question : Quèsaco ?En 5 jours, du 20 a 24 avril se sont échangés 33200000000000 « dollars ».  Je devrais être plus précis, ce sont des promesses de ces « dollars » qui se sont échangées. Mais au fond, ce n’est pas différent, l’argent aujourd’hui n’est plus qu’une folle promesse, une promesse d’alcoolique.   33200000000000.   C’était une petite semaine, en moyenne, il s’en échange 50 % de plus.   Cela fait quelques jours que je travaille à cette lettre difficile, sur ce sujet que je tente de vulgariser sans dénaturer.   Si vous pensez que j’y arrive, oserais-je vous demander de partager cette lettreenvoyez-la à votre carnet d’adressespartagez la vidéo que j’ai faite sur le sujet, abonnez-vous à la chaîne Youtube car AUCUN, absolument aucun média grand public n’a seulement approché ce monstre : ils n’y comprennent rien, ils ne sauraient même pas lire le chiffre.   Entre-temps, j’ai mis à jour mes chiffres et cette semaine, du 27 avril au 1er mai, il y en a eu pour 40500000000000 « dollars ».   On se rapproche de la moyenne.   De combien parle-t-on ?  J’ai fait exprès d’écrire la somme en chiffres et sans espace, c’est à mon avis la meilleure représentation de ce monstre presque impossible à appréhender.   33 200 milliards de « dollars » la semaine dernière et 40 500 milliards cette semaine.  Nous parlons de dizaines de milliers de milliards.  En 5 jours.   

L’impuissance des banques centrales

La semaine ou la crise a éclaté sur les marchés, la Fed a injecté 200 milliards pour soutenir ce marché au cœur de la tourmente, soit 0,5 % du volume environ. Même pas une paille.  Ils ont arrêté de publier par la suite. Bel exercice de transparence, mais ce que nous savons : quoi qu’ils aient faits, ils ont à peine réussi à poser un pansement de fortune. J’y reviens.   La réalité est que les banques centrales ne contrôlent rien.  Elles sont un capitaine d’opérette à bord du Titanic qui s’évertue à faire jouer l’orchestre, verre à la main, pendant que son navire coule.   

J'aime mon paquebot Euro commme mon apero : On the Rocks !

    Personne ne parle des milliers de milliards qui s’échangent sur les marchés chaque semaine car personne n’y comprend rien… Alors pour éviter de passer pour des c***, ils font semblant de ne pas voir, et comme les petits enfants, ce qu’ils ne voient pas n’existe pas.   Ils sont pourtant bien là ces contrats, ces échanges et ces flux.   Il y en a au grand minimum pour 3 billiards de dollars chaque année, c’est-à-dire 3 millions de milliards (en anglais nous dirions quadrillion).

Le marché caché de l’Eurodollar

Ce dont je vous parle, ce sont les produits dérivés sur l’eurodollar, ou « dollar » ou encore dollar extraterritorial.  Ce sont tous les dollars et promesses de dollar qui circulent en dehors des États-Unis et donc en dehors de la jurisdiction de la Fed… En dehors de toute jurisdiction en fait.   Bien sûr, lorsque ce marché s’est créé il y a 70 ans, les dollars utilisés étaient ceux de la Fed qui étaient sortis de son territoire par le déficit de la balance des paiements américaine.   Dans les années 1980, avant la numérisation des échanges, la corbeille de ce marché, l’endroit où se faisaient les échanges avait la taille d’un terrain de football :   

Corbeille eurodollar

  La corbeille du CAC40, elle, ressemblait à ça :   

Corbeille CAC40

    Mais il y a déjà bien longtemps que les échanges ont été numérisés et la création monétaire de ces dollars a totalement échappé à la Fed et aux États-Unis pour devenir une monnaie à part entière, la véritable monnaie mondiale.   Le marché de référence des eurodollars est tenu par le CME (Chicago Mercantile Exchange), la semaine dernière il s’est échangé plus de 13 millions de contrats sur ce marché (1). À 250 000 « dollars » le contrat, cela nous fait 3 200 milliards de « dollars ».   Cela est déjà absolument gigantesque. Pourtant le CME gère probablement moins de 10 % des volumes (et sans doute beaucoup, beaucoup moins).  Je dis probablement car l’immense majorité est traitée de gré à gré (OTC), en dehors de la supervision d’un marché organisé. C’est une sorte de monstrueux marché noir, mais légal, car encore une fois, ces « dollars » ne tombent sous aucune jurisdiction monétaire.   

Le monstrueux marché noir du gré à gré

Nous pouvons estimer le marché de gré à gré quelque part entre 90 % et 99 % du volume grâce aux rapports annuels de certaines grandes banques qui publient cette information : La BNP traite 92 % de ses eurodollars de gré à gré, Goldman Sachs 84 %, Bank of America 100 %, Citigroup 100 %, Deutsche Bank, reine intoxiquée de ce marché, traite plus de 99 % de gré à gré. Mon estimation est particulièrement conservatrice (2).   3 billiards de « dollars » est une estimation très conservatrice pour ce marché qui pourrait aussi bien en faire 20 ou 30… 300 ? Qui sait ?Sommes-nous vraiment à 100 billiards près ? Au rythme où cela va, dans quelques années, il y aura plus de dollars que grains de sable au SaharaOn estime à 1023 le nombre de grains de sable au Sahara, peut-être 100 000 fois moins que les « dollars » qui circulent aujourd’hui. Il faut bien que je réponde enfin à la question de mon introduction. Et qu’est-ce que cela vaut un grain de sable ?  Mais tout va bien Madame la marquise.   Quelques-uns savent quel est le volume réel de ces échanges. Ils se comptent sans doute sur les doigts de deux ou trois mains.  Mais qu’importe si l’alcoolique boit 3, 5 ou 10 bouteilles de whisky au petit-déjeuner, l’important est que cela enverrait toute personne saine en coma éthylique et au-delà du Styx. Ces gens sont des morts-vivants et le prix de leur costume ne le cache même plus.   

Dirk Bogarde Mort à venise

Dirk Bogarde dans Mort à Venise

Montants notionnels et réalité

Si vous pouviez leur demander, ils vous répondraient que ces montants sont « notionnels », qu’ils ne veulent rien dire, comme ils écrivent dans leurs rapports annuels :   « Les montants notionnels sont significativement supérieurs, du point de vue de la banque (ici JPMorgan), aux pertes potentielles que pourraient générer de telles transactions. Pour la plupart des contrats, le montant notionnel n’est pas échangé ; il est un simple montant de référence utilisé pour calculer les paiements. »Ils nous ont déjà fait le coup en 2008 ces jésuites. Bien sûr que du point de vue de l’entreprise, le risque est maîtrisé.   Le drogué du casino, l’accroc de la machine à sous et du bandit manchot, n’avouera jamais qu’il est certain de perdre à long terme. Pour lui, son risque est maîtrisé et il compte bien toucher le gros lot pour vous le prouver.   Et puis ces montants ne sont jamais échangés… En temps normal.  Sauf que ces montants, simples « références », largement fictifs « du point de vue de la banque »sont en train de se transformer en factures à payer.

Comment l’on arrive à échanger de billiards de « dollars » sans même s’en rendre compte

  Prenons un exemple pour illustrer le fonctionnement du marché des eurodollars et comprendre pourquoi les produits dérivés sont de la monnaie.   Imaginez que vous voulez vous assurer de toujours avoir à manger. Mais vous êtes banquier, alors plutôt que de faire des stocks de nourritures, vous avez une meilleure idée.   Vous passez un accord avec votre voisin. Vous le payez 5 centimes chaque semaine et si un jour vous n’avez plus de quoi manger, votre voisin vous paiera une indemnité pour acheter votre déjeuner.   Votre voisin est réticent alors vous lui proposez de ne s’engager que sur 3 mois puis vous reconduirez votre contrat tous les 3 mois en mettant à jour les termes, le prix de l’intérêt et l’indemnité à verser.   Le montant notionnel est de 10 € mais effectivement… Il n’y a que 5 centimes qui s’échangent, lorsque tout va bien.  Imaginez maintenant que votre voisin trouve l’idée intéressante, mais comme il est plus malin que vous, il appelle un collègue et passe le même contrat avec lui mais à 2 centimes par semaine, comme cela, il ne prend AUCUN risque mais gagne 3 centimes par semaine.   Bien sûr, 3 centimes, c’est peu. Mais s’il arrive à trouver quelques milliers de clients, il pourra en vivre.   Pour cela, il n’a pas assez de collègues, mais la banque peut l’aider en lui prêtant l’argent.  Et cela marche ! Il est tellement plus simple de demander à quelqu’un de vous assurer votre pitance en cas de problème que de devoir vous procurer et stocker vous-même de la nourriture qui coûte cher et qu’il faut sans cesse renouveler.   De son côté, la banque est aussi ravie : on n’a jamais manqué de pain en France depuis 70 ans, ses calculs de risque sont formels : c’est tout bénéfice pour elle.  L’exemple en inspire d’autres et dès lors des centaines de personnes vendent des millions d’assurances pour des montants astronomiques.   Certains esprits chagrins s’assurent même 1 000 fois voire un million de fois pour faire du recel le jour où tout s’effondre et toute cette compagnie croit être assuré à 100 % de pouvoir toujours manger.   C’est comme cela que l’on se retrouve à échanger des montants aussi monstrueux.Comprenez bien que dans la réalité, tout le monde croit avoir assuré son crédit, son entreprise, ses taux de change, les prix de ses matières premières… En bout de chaîne, ultimement, les effets sont bien réels.  Mais au milieu il y a les banques et ce sont elles qui s’échangent avec les hedge funds ces contrats titanesques qui sont censés assurer leur solvabilité, on dirait leur capacité bilancielle.  Et cela n’a aucune commune mesure avec leurs fonds propres et les ratios stupides de Bâle censés assurer la solvabilité des banques. Fiction et encore fiction.   Bien sûr, pour revenir à mon exemple, les montants dépassent très vite, et de beaucoup, la totalité de la nourriture disponible et même la totalité des besoins en nourriture de chacun. Ils sont devenus pure fiction, mais fiction à la base de la répartition du risque entre nous et qui ne tient que si tout le monde croit qu’en cas de problème, tout le monde va payer ou être sauvé par les banques centrales (alors même que celles-ci sont plus que complètement dépassées par les montants).   Il n’y a plus aucun moyen de faire redescendre les montants des promesses à des niveaux en phase avec la réalité.  

Comment cela finit-il ?

Pour sortir de la schizophrénie, il n’y a plus d’autres choix que de tuer la monnaie et d’en refaire une autre sur les bases saines d’un étalon or qui empêche de telles dérives.  Il faudrait la tuer courageusement, politiquement, par consensus pour la répartition des pertes ou alors la laisser mourir de sa mort atroce, l’hyperinflation, qui détruit tout sur son passage de manière aveugle et brutale et qui amène avec elle le vent de la guerre.   J’ai peu d’espoir sur le consensus. Mais c’est pour cela que je vous répète ans cesse que la réponse à cette crise ne peut être que politique. Les banques centrales ne peuvent rien.

Vous ne connaissez pas TED ?

Les banques centrales pensent peut-être avoir évité le pire, mais nous ne sommes qu’au début de cette crise. Nous ne sommes pas en 2008, nous sommes en 2007, au tout début des attaques cardiaques sur ce marché-mère de l’eurodollar (3) :

TED Spread

  Ce graphique a un petit nom, on l’appelle TED (Treasury EuroDollar), ou le TED spread c’est-à-dire la différence entre le taux d’intérêt de référence entre le dollar américain et l’eurodollar, le dollar extraterritorial.   Lorsque le TED spread explose, cela signifie une attaque de panique sur l’eurodollar. Plus personne ne veut prêter, la confiance se retire et la pyramide à plusieurs billiards de dollars menace de s’effondrer.  Vous pouvez voir 4 attaques avant le véritable krach en octobre 2008, un mois après la faillite de Lehman Brothers.  De nos jours nous pouvons voir l’apparition de turbulences à partir de 2016 et une première attaque que nous venons de subir.   Et malgré les efforts dantesques qu’ont consentis les banques centrales et en premier lieu la Fed, nous ne sommes pas revenus au niveau d’avant crise : celle-ci couve toujours.  Nous sommes à la merci d’une nouvelle attaque à tout moment.   Et si nous regardons ce qui s’est passé à partir de l’été 2007, nous nous rendons compte que les marchés ont été chahutés dès l’été 2007, à chaque fois que les liquidités sur le marché de l’Eurodollar s’asséchaient.   Vous voyez ci-dessous la bourse américaine en bleu foncé superposée au TED spread. La corrélation est flagrante, à chaque fois que le spread explose, les marchés chutent :   

Eurodollars et bourse correlation

En revanche, ce n’est pas la faillite de Lehman qui déclenche le krach final mais bien le gel du marché de l’eurodollar, un mois plus tard.  Bien sûr corrélation n’est pas cause, mais en l’occurrence d’un point de vue de pure logique c’est bien parce qu’il n’y a plus d’argent, parce qu’il n’y a plus de crédit que les bourses s’effondrent. Pas d’argent, pas d’acheteur, pas de roll-ovaire sur les crédits… Des vendeurs, beaucoup de vendeurs.   Vous voyez pourquoi je m’intéresse si peu à la bourse et tant aux questions monétaires, si j’étais juriste je vous dirais que le monétaire tient le boursier en l’état. Le cœur de la finance mondiale, là où tout se passe, c’est la monnaie, la bourse ne vient qu’après.   Nous avons donc un marché monétaire aux proportions monstrueuses qui dépasse complètement les possibilités d’intervention des banques centrales, qui est passé en phase chaotique à attaques répétées.

Surveillez le 15 juin, prenez vos dispositions.

Étant donné la configuration de ce marché, la prochaine attaque pourrait se produire dans la semaine du 15 juin. Cette date n’est pas prise au hasard de la même manière que ce n’est pas pour rien que Lehman Brothers a fait faillite un 15 septembre. Je vous expliquerais plus en détail le fonctionnement pratique de ce marché dans ma prochaine lettre. Si vous n’êtes pas encore inscrit au service, cliquez ici pour recevoir mes prochaines lettres. Et si cette lettre a été suffisamment claire (vous me direz), vous savez que nouvelle attaque signifie baisse des bourses, chocs pour les banques et assureurs et risque pour votre patrimoine bancaire et d’assurance vie. Il faut très sérieusement débancariser.Et je sais bien la question que vous allez me poser… COMMENT ! ? Cela tient en 4 lettres : RÉEL. Il faut sortir de la fiction financière et investir dans le réel, le tangible et local : or, immobilier, foncier, PME, cryptos, devises. C’est bizarre à dire, mais même un Bitcoin a plus de réalité qu’un euro ou un dollar, car un bitcoin existe pour ce qu’il est, une ligne de code dans une blockchain mais il n’y a pas de promesse fumeuse de bitcoin comme il y de promesse fumeuse et faramineuse d’euros ou dollars. Pour ceux qui veulent reprendre en main leur épargne de manière pratique et à long terme, je travaille chaque mois avec Aude Kersulec aux Dossiers de Risque & Profit pour explorer les solutions qui se présentent à nous selon l’évolution de la situation. Le prochain dossier fait le point sur la situation des assureurs, les risques pour vos assurances vie et les alternatives. Pour le recevoir je vous invite à découvrir les dossiers mensuels d’investissement de Risque & Profit… et à les essayer. À votre bonne fortune, Guy de La Fortelle

LVPT – Laveritepourtous.com

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